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Natacha NIKOULINE

Le mal de Blancheur

 

La dernière lettre
Elle ne s’appartenait plus depuis quelques mois.
Les mots étaient tombés dans la matinée, sûrement les résidus de nuits
fragmentées ou les rêves prennent des allures de débris dont on voudrait se débarrasser rapidement. Ce jour-là tout se précipita, l’assemblage funeste se fit dans un élan de chute. La scène se déroulerait sur le drap blanc, celui avec qui elle compose depuis si longtemps. Il offrirait sa blancheur à l’expression de sa douleur.
Il serait capable de supporter et même d’accueillir religieusement les reliques d’un amour mort-né. Elle avait besoin que le drap l’accompagne dans cette chute qu’elle savait sans rebond, mais elle n’acceptait pas qu’il se retrouve en contact direct avec toute cette souffrance insupportable.
Elle décida donc de le recouvrir d’un film plastique, qui le préserverait.
La médiocrité de ce film plastique sur le précieux drap blanc prit alors tout son sens. Elle réalisa à quel point tout avait été si «plastique», étouffant, artificiel et cliniquement froid entre eux. Elle pouvait maintenant opérer.
La délicate feuille de citronnier, qui avait été envoyer d’Afrique comme
témoignage d’une douce pensée se retrouva enfermée hermétiquement dans un bocal stérile. Elle voulait avant tout, ne plus y avoir accès, jamais.
Oublier son odeur, sa pâle et douce couleur et surtout les rêves et promesses qu’ils avaient fait naître. Il fallait tout étouffer, au plus vite.
Pour pouvoir continuer à respirer. Les mots écrits àla hâte sur cette lettre qui se voulait la dernière avaient tenté d’expliquer quelque chose, mais l’écriture du dedans, celle qui se pratique les yeux clos sourdait en une lumière glaciale et fit jaillir un petit arbre mort de ce tombeau fait du poids des mots qui ne seraient jamais lus.

 

Natacha Nikouline / 2019