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Natacha NIKOULINE

Ensevelie

Vu d’en bas, où nous sommes, ces sujets et ces thèmes, ces dates et ces initiales, sont autant d’étoiles vivantes ou mortes dont nous distinguons encore les traits. Une chanson ou une douleur traîne autour de la chambre obscure. Une disparition est méticuleusement mise en ordre, une histoire est passée au tamis. Ces objets nous disent les limites de notre regard : cette comète posée là et que j’observe, est-elle bien encore vivante ? Le suis-je encore ? A quelle distance suis-je ? Regarder les photographies de Natacha Nikouline, c’est apprendre à regarder le passé, c’est se laisser jouer par l’Inversion. Ici la nuit est prise dans ses tremblements. Nous sommes dans le noir, le temps s’érode. Dans la série intitulée “Ensevelies“ des corps inlassablement passent sous les branches de bois mort qui troublent à peine leurs courants. Mais ce sont aussi des solides, des voûtes, des crêtes,des chemins escarpés où se perdre, des aventures laissées en l’état, des bornes, des solitudes entourées de moisissures, ou bien parfois des résistances. On ne distingue de leurs traits que leurs solitudes intérieures. Des corps dont la sexualité usée menace de reprendre racine.Photographe de la mémoire, Natacha Nikouline sait les lumières griffeuses, vaniteuses, le halo, la patience et le palimpseste, une courbe ici laisse entrevoir une courbe rêvée ou cauchemardée. En toutes langues se superposant une même phrase reste toujours à mettre au jour, à répéter à heure fixe pour qu’elle advienne : “j’étais ici“ le passé est important, les couleurs l’emploient, la signature n’est là que par défaut, la multiplicité ordonne, le temps ne s’arrête pas,il est ressouvenance. De la photographie comme incarnation pure des lumières. Il ne serait pas souhaitable de placer les photographies dans un cadre historique. Ce qui tient en arrêt est la profondeur étonnante de ces photos. Contrairement aux perspectives linéaires, ce n’est pas un réalisme imitatif à proprement parler, les couleurs vives débordent les formes strictes, l’obscurité enveloppe,la lumière est le point d’attache ou de départ de lumières extérieures et mentales, et, par réverbération, lève la lumière originelle. Il se joue dans ces oeuvres un contretemps historique, Natacha Nikouline est bien dans son temps, mais hors du temps. Sa capacité de métamorphose autorise ce sentiment.