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Marie MORONI

IBABA

« En mars 2015, lorsque je suis partie au Rwanda pour la première fois, je ne connaissais ni ce pays, ni aucun autre d’Afrique. Je devais réaliser un reportage photo sur un atelier de broderie. Mon travail sur ces femmes brodeuses terminé, je ne pouvais les quitter. Ma rencontre avec elles a été un véritable « coup de coeur ». L’envie de les révéler m’est apparue comme une nécessité, un témoignage essentiel.
J’ai alors commencé à les photographier individuellement.

Qui sont ces femmes ? Je ne connais que très peu d’elles, de leurs histoires personnelles, de leurs origines, seulement l’histoire commune récente : celle du Rwanda. Je les ai rencontrées à Rutongo, un petit village au milieu des collines au nord de Kigali, dans l’atelier de broderie où elles travaillent.
Ma série IBABA y est née … une rencontre intime et muette.

C’est dans les années 70, que les ateliers de broderies ont été créés par la communauté belge des soeurs de la Visitation employant alors jusqu’à 300 jeunes filles. Ils n’ont pas survécu au génocide Rwandais de 1994 provoquant la fin de l’activité. C’est seulement en 2012 que deux personnes ont eu l’initiative de créer une coopérative pour rouvrir l’atelier. Elles retrouvent 25 des anciennes brodeuses afin de les intégrer au projet et former de nouvelles recrues. J’ai été touchée par ces rencontres individuelles, par ce qu’elles ont acceptés de me laisser entrevoir, à moi l’étrangère. Je ne parle pas leur langue, ni elles la mienne.
Elles et moi, nous nous observons.

Avant 1994, et cela pendant plus de 20 ans, le rêve de chacune des jeunes filles du Nord de Kigali était d’intégrer l’atelier de broderie de la communauté belge des soeurs de la visitation. Elles gagnaient très bien leurs vies et pouvaient « rêver d’une vie meilleure » pour elles et leur famille future. Mais le génocide de 1994 a détruit, en même temps que leur pays, tous leurs rêves. « J’ai prié pour la réouverture de l’atelier » m’a confié une femme du village…et un jour, ce rêve est devenu réalité, 18 ans plus tard. 28 brodeuses y travaillent aujourd’hui. »

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