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Des paysages industriels, des zones de construction, un univers a priori froid et dépourvu de toute sensibilité mais qui dit beaucoup plus que ce que l’on voit, voilà ce que Grégory Brandenbourger veut nous montrer.

Sous son oeil, le paysage industriel devient de l’esthétisme à l’état brut. La dimension fonctionnelle évacuée, l’aspect matériel du lieu, sans jamais totalement s’effacer, peut alors céder la place à la transcendance de la réalité. Ce n’est plus qu’une zone sensible qui nous est donnée à voir, et c’est bien-là tout l’intérêt du travail de l’artiste. Epurés, dépouillés, comme à l’abandon, en errance, « In transit », ces paysages industriels et ces zones de construction s’offrent à nous dans une dimension toute minimaliste, au travers d’une plasticité sobre, factuelle mais néanmoins poétique. Ces espaces sont rendus tels quels par l’artiste, dans leur nudité primaire, sans aucune forme de mise en scène. Grégory Brandenbourger se fait alors observateur, laissant le paysage exister au gré du temps, comme ces tas de sables en mouvement, aujourd’hui lisses, demain marqués par de nouveaux reliefs. Le mouvement n’est pas une difficulté, il exprime l’essence du lieu. Photographiant à la chambre et en direct, seul le cadrage peut subir une intervention postérieure. Les lignes se construisent dans un jeu précis, l’espace et les couleurs, traités en aplats, se mêlent, conférant une certaine immatérialité à ces lieux. L’artiste efface toute contextualité et le paysage devient tableau.

Ne reste alors que la confrontation du réel et de l’irréel, de la matérialité du lieu aux prises avec son immatérialité, ne reste plus que ce monde et nous. C’est alors que nous comprenons comment l’artiste joue avec notre propre sensibilité. Il aime à nous laisser seul devant ces images. Perturbant nos repères, l’artiste nous place au confluent de la compréhension et de l’incompréhension, pariant sur notre capacité à faire immerger de l’image un ressenti, une émotion, aussi personnelle que possible. L’artiste ne s’immisce pas dans notre relation à l’image, il nous la livre. Alors, elle ne lui appartient plus. Il nous fait part de son regard, nous laissant seul juge. Tel un exercice méditatif, nous sommes libres devant ces paysages qui n’existent plus que pour eux-mêmes, pour leur esthétisme, qui n’existent plus que par eux-mêmes. Il faut se laisser happer par ce que nous voyons, par ce que l’image nous renvoie mais plus encore, sentir, ressentir.

Tout prend alors sens, tout se fait corps, ce ne sont pas ces paysages qui sont en errance, en attente, en transit, mais notre sensibilité. Bien plus qu’une expérience visuelle, c’est une expérience sensorielle à laquelle nous invite le regard et les images de Grégory Brandenbourger.