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Jean-Marc DUGAS

Biographie

Photographe puriste et original, Jean-Marc Dugas commence son itinéraire à l’Ecole Louis Lumière où il se spécialise en sensitométrie et en chimie. Ses études terminées, il choisit une péniche pour monter son studio et s’investit sans relâche dans la publicité, sans voir les années passer. Son penchant pour la perfection lui vaut le « Grand Prix Stratégies » en 1991 et 1992 dans la catégorie « Grande distribution ». Mais la publicité n’est pas sa vocation. Il décide donc après 18 ans d’investissement de lever l’ancre vers d’autres horizons. Plus question d’artifices, Jean-Marc renoue avec les bases de la photographie : tirage au charbon, gomme bichromatée, platine ou encore virage à l’or. Et pour servir son art, il chine dans les réserves des magasins photos des trésors oubliés comme le sténopé ou le Hobo.

Inspiré par le roman de Stevenson « Voyage avec un âne dans les Cévennes », il part sur les chemins du Parc National des Cévennes. Son Hasselblad en bandoulière, il guette les lumières en mettant en pratique les préceptes du photographe Ansel Adams. Il en tire une série de clichés d’une grande force poétique, mise en valeur par des tirages Fresson. Ce travail sera exposé au Festival des artistes voyageurs à la Rochelle en 1999, puis à New-York à l’Atelier Hermès et enfin publié dans le magazine Géo.

Pour son deuxième projet, il choisit un sténopé. Une rencontre avec un couple de punks sur un marché de Lozère fera le reste… Il se lie d’amitié avec ces néo-ruraux vivants dans des cabanes et choisit de photographier leur communauté, héritière du courant hippie des années 60. Il les fait poser ainsi sans artifice avec leurs enfants ou en couple pendant de longues minutes. Il choisit pour cette série de faire des tirages au platine palladium, procédé qu’une infime minorité de photographes (moins d’une dizaine en France) maîtrise et qui lui vaut l’admiration de grands comme Raymond Depardon ou Jean-Louis Dumas, le président d’Hermès. Géo choisit de publier son travail en 2000. Cette même série lui permettra en 2003 et 2004 d’intégrer une résidence d’artistes au Pont de Montvert en Lozère. Il réalise des diptyques paysages/portraits comme on peindrait une série de tableaux et choisit différentes techniques de tirage pour illustrer les saisons : tirage au charbon bleu pour l’hiver, tirage noir et blanc au platine pour le printemps, tirage numérique noir et blanc pour l’été, tirage couleur au charbon pour l’automne. Ce travail sera exposé à la galerie l’Arbre Seul (800 m2) à Mas Méjan.

A la foire de Bièvres, qui attire les férus de photographie ancienne, il tombe sous le charme d’un procédé de tirage datant des années 20 : la gomme bichromatée trichrome et d’une copie d’un Leica O. Cette découverte sera le point de départ de son troisième voyage qui le mènera au Tibet sur les traces d’« Une Parisienne à Lhassa » d’Alexandra David-Néel.

L’homme n’est jamais à court d’idées. Ainsi, à Bali où il photographie des paysages et des scènes de vie, il fait sculpter et dorer à la feuille son Hobo (appareil antédiluvien) et sélectionne des peintres locaux pour colorier ses tirages au platine. Le résultat : des images sublimes d’un autre temps dans lesquelles les rizières inondées sont bleues car elles s’offrent en miroir au ciel. Et quand les pousses grandissent et verdissent, la rizière demeure bleue dans le regard des Balinais. Monsieur Oka, un Brahmane sculpteur de masques sacrés qu’il rencontre, lui fera cette jolie réflexion : «Finalement, ton appareil, c’est comme un masque : juste une boîte vide. Il écarquille les yeux mais ses yeux sontaveugles. Ce sont les yeux que tu mets dans la boîte qui éclairent son regard. »

Le parcours atypique mais toujours inventif de Jean-Marc Dugas montre l’importance qu’il attache à ce médium mûrissant ces projets pendant des mois avant de s’engager. Car il sait qu’à chaque fois, il y laissera un peu de luimême…

Au cours de ces dix dernières années, le travail de Jean-Marc Dugas a fait l’objet d’une vingtaine de publications dont sept pour le magazine Géo. Il a également participé à une douzaine d’expositions parmi lesquelles les « Chroniques Nomades de Honfleur » ou une exposition à la galerie l’Atelier (Hermès) Madison Avenue, New York.

Jean-Marc Dugas s’est installé pour un temps à Ubud, le village des artistes au centre de Bali et a saisi des instants de vie. Cette série de photos a été réalisée à la chambre, les tirages faits par contact, à la lumière du soleil – il n’a pas été possible d’emmener par avion des lampes à insoler !– Ce sont des artisans peintres balinais qui ont ensuite fait la
mise en couleur, « comme dans la réalité ”…

« Ses aventures photographiques le conduisent hors de nos frontières. De Londres à Bali, du Bénin au Tibet, Jean-Marc multiplie les rencontres et les expériences, construisant une oeuvre photographique hors du commun. Sa démarche se veut intemporelle, empreinte d’amour et de mysticisme, aspirant à construire des ponts entre les hommes plutôt que des murs. »

Extrait d’un texte de Marion Louis

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